On survole d’abord, on lit ensuite
En ligne, on lit peu : on balaie. Les études d’oculométrie publiées par le Nielsen Norman Group ont décrit la lecture en F : un premier passage horizontal en haut du texte, un second plus court, puis une descente verticale le long de la marge gauche. Encore faut-il comprendre ce que ce constat signifie. Le F n’est pas une mise en page à viser ; c’est le comportement de repli du lecteur quand la page ne lui offre rien de mieux — ni intertitres porteurs de sens, ni phrases qui commencent par l’essentiel, ni structure visible.
Les mêmes travaux ont identifié des schémas plus fructueux. Dans le schéma dit en « mille-feuille » (layer-cake), le regard saute d’intertitre en intertitre et ne plonge dans le texte que lorsque l’intertitre le mérite. C’est là que le rédacteur a la main : si chaque intertitre porte une idée complète, le lecteur qui ne lit rien d’autre repart malgré tout avec l’argument.
Découpage et limites de la mémoire de travail
La mémoire de travail ne retient qu’une poignée d’éléments à la fois. Le « nombre magique sept » de George Miller a ensuite été revu à la baisse, notamment par Nelson Cowan, qui évoquait environ quatre blocs. La conséquence pratique n’est pas une règle sur la longueur des listes mais une discipline : regrouper ce qui va ensemble, nommer chaque groupe et ne jamais obliger le lecteur à garder trois conditions en tête en attendant le verbe.
La pyramide inversée
Le journalisme avait résolu le problème de la lecture rapide bien avant le web. La pyramide inversée place la conclusion en tête, puis les éléments qui l’étayent, puis le contexte. Sur une landing page, le résultat et sa condition principale doivent figurer dès la première ligne, pas au quatrième paragraphe. Le lecteur qui s’arrête tôt — c’est le cas de la plupart — doit avoir compris l’offre.